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Madame Jodoin n’arrête pas de parler... ni de vivre!

21.05.2018

100 ans ont passé et…

Madame Jodoin n’arrête pas de parler... ni de vivre!

 

Par Henri Prévost

 

Elle a beau célébrer ses 101 ans ce mois-ci, tout le monde vous dira que Simonne Jodoin n’est pas « arrêtable » quand elle commence à raconter sa longue vie!

 

Ce siècle d’existence n’a pas entamé sa mémoire ni sa joie de vivre. De toute évidence, elle a toujours eu le bonheur facile. « Mon docteur m’a dit que c’est ça qui m’aide à passer à travers les moments plus difficiles », confie la sympathique Jérômienne.

 

Madame Jodoin est l’une des trois centenaires qui habitent actuellement la résidence Manoir Saint-Jérôme. Un statut de moins en moins exceptionnel de nos jours – au recensement de 2016, on dénombrait 8 230 Canadiens âgés de 100 ans ou plus, dont 1 850 Québécois. Sans grande surprise, ces doyens sont surtout des femmes, dans près de 85 % des cas. En 10 ans, leur nombre a presque doublé, et l’on prévoit qu’il triplera d’ici les 10 prochaines années!

 

Seule survivante de sa famille

 

Née à Cartierville, la petite Simonne est l’aînée de cinq enfants. Elle n’en est pas moins aujourd’hui la seule survivante de la famille de Rosa et Joseph Léonard, qui comptait trois filles et deux garçons.

 

À 19 ans, alors que son père tombe gravement malade, la jeune femme doit aller travailler. Elle entre au service de la compagnie RCA Victor et est d’abord affectée à la fabrication de cabinets d’appareils radio. Puis, avec le début de la Seconde Guerre mondiale, l’entreprise est mise à contribution pour la production de radios militaires et Simonne travaille alors à l’emballage de ce matériel envoyé aux troupes en Europe.

 

En 1942, elle épouse Léo Jodoin et le couple s’installe à Laval-des-Rapides. C’est le début d’un mariage « très heureux » qui s’échelonnera sur 50 ans, avant de s’interrompre tristement avec le décès de M. Jodoin, peu après les célébrations de leurs noces d’or.

 

Une remarquable résilience

 

Sept enfants naîtront de cette union, dont une seule fille. Bien sûr, la longévité de Simonne Jodoin l’a exposée plus que d’autres mères au risque de leur survivre. C’est ainsi qu’avec les années, elle a vu partir quatre de ses fils, dont un à l’âge de 18 ans. Autant d’épreuves qu’elle a surmontées avec une remarquable résilience.

 

« Il y en a trop qui partent! », admet-elle néanmoins aujourd’hui en pensant à tous ceux qui disparaissent autour d’elle. Elle compte tout de même sur 11 petits-enfants et 14 arrière-petits-enfants pour assurer sa descendance.

 

D’abord consacrée à élever sa famille, Simonne Jodoin a aussi apporté un soutien indéfectible à son mari, lequel a connu du succès en affaires avec une entreprise de matériel d’emballage portant son nom. « On est parti de rien et on a travaillé fort », se souvient-elle.

 

Après avoir fréquenté la région de Mont-Laurier en villégiature, Léo Jodoin s’est aussi retrouvé propriétaire d’une pourvoirie à Chute-Saint-Philippe à la fin des années 1970, dans la foulée de l’abolition des clubs privés de chasse et pêche sous le gouvernement de René Lévesque. La pourvoirie Jodoin existe d’ailleurs toujours, mais sous la gouverne d’un nouveau propriétaire.

 

« Avant, la vie était plus calme »

 

On imagine sans peine à quel point le monde a évolué au cours des 100 dernières années. Quant à savoir s’il a changé pour le mieux, madame Simonne n’en est visiblement pas convaincue! « Aujourd’hui, tout le monde court, les gens n’ont pas le temps de se parler », constate-t-elle avec lucidité. « Avant, la vie était plus calme et c’était bien mieux pour les enfants. De nos jours, ils sont trop souvent rois et maîtres! »

 

Elle qui « n’aime pas la chicane », Simonne Jodoin se montre préoccupée par l’omniprésence « de la violence, de l’agressivité et du sexe » dans le monde actuel. « Ça se reflète dans les yeux des enfants : dès l’âge de deux ans, ils ont un regard dur », observe l’arrière-grand-maman, pour qui la situation serait différente « s’ils montraient du beau à la TV ».

 

Et quand on lui demande quel conseil elle donnerait aux jeunes d’aujourd’hui, elle répond avec un clin d’œil : « Quand même je leur en donnerais un, ils ne le prendraient pas! »

 

Une foi qui « transporte les montagnes »

 

Malgré tout, Simonne Jodoin demeure optimiste. « Encore deux générations et ça va revenir comme avant », croit-elle. « Les enfants vont se tanner d’avoir la clé dans le cou. »

 

Il faut dire que, comme bien des gens de sa génération, elle appuie sa confiance sur sa foi. Une foi qu’elle a partagée avec son mari, lui aussi très engagé dans les activités religieuses telles que le mouvement eucharistique.

 

« La foi transporte les montagnes », se plaît à répéter madame Simonne. À l’approche de son 101e anniversaire, elle dresse même un parallèle avec les « 101 fois où la sainte Vierge est apparue »!

 

Partir avant la Troisième Guerre… !

 

Même si, depuis quelques mois, elle a dû quitter son confortable appartement du Manoir pour une chambre qui convient mieux à sa condition, Simonne Jodoin ne se plaint pas.
« Je suis bien entourée », dit-elle, constatant que les gens viennent spontanément vers elle. Parce qu’elle a de la jasette, oui, mais aussi parce qu’elle s’efforce de toujours dire des choses constructives. « Quand on a l’âme en paix, ça se reflète dans notre visage », résume la coquette centenaire.

 

Cela ne l’empêche pas de voir approcher la fin de sa vie, mais avec une étonnante sérénité. « Moi j’achève. Je suis née pendant la Première Guerre, je me suis mariée pendant la Deuxième et là, avec le fou qui dirige les États-Unis, il y en aura bientôt une autre, mais je ne vivrai pas ça! »

 

En bonne croyante, Madame Simonne souhaite que le bon Dieu vienne la chercher un jour du mois de mai « parce qu’il y a des fleurs ». Mais gageons qu’elle verra encore quelques autres printemps.

 

 

 

Photos

Simonne Jodoin, avec sa fille Micheline.

 

 

Avec son mari Léo Jodoin, lors des célébrations des 50 années de leur heureux mariage.

 

 

Les jeunes mariés, Léo et Simonne Jodoin, à Laval-des-Rapides où ils ont longtemps vécu.

 

Simonne Jodoin montre fièrement cette photo d’elle avec ses parents Rosa et Joseph Léonard, peu après sa naissance en 1917.